En 1984, suite à un procès pour abus sexuels sur mineur de
moins de 15 ans dont j'ai été victime et dont le verdict - plus que clément
pour mon bourreau : 3 ans avec sursis et 20 000 FF soit 3 000 euros - me fit l'effet d'une
formidable gifle tant il était dérisoire, j'ai quitté le domicile familial
pour m'installer avec mon copain.
Très vite, il me proposa de l'héroïne car lui même en
prenait de manière festive (soi disant). Un brin inconscient et fragile - j'avais 17 ans -
j'acceptai facilement : le grand bien-être et l'assurance que cela me procurait me poussa
à consommer de plus en plus, jusqu'au jour où pour des raisons économiques
je commençai à m'injecter l'héroïne.
La descente aux enfers fut rapide et en 1987, je suivis un programme de
désintoxication et d'écoute avec une association spécialisée. Avec
succès. Si bien que je repris une vie normale en 1988. Je déménageai et partit
refaire ma vie ailleurs. Tout se passa bien jusqu'en 1998, date à laquelle j'ai
recroisé l'héroïne dans les rave-parties. Conscient du danger, j'en repris tout
de même. Très peu au début, juste pour redescendre des effets d'autres
produits tels que l'ecstasy, le LSD, la cocaïne que j'avais consommée durant la nuit.
Un autre évènement accéléra ma nouvelle descente
aux enfers : la séparation d'avec ma compagne, qui bien que consommatrice de coke, cannabis
et LSD, n'aimait pas l'héroïne. Ce ne fut pas la cause de notre séparation, mais
je me mis à shooter de plus en plus. Si bien qu'en 2006/2007, j'en étais à 3
ou 4 grammes par jour d'héro brune. Malgré mes penchants auto-destructeurs
avérés, j'eus un sursaut de lucidité et je repris contact avec une asso.
spécialisée afin de recommencer un programme de substitution. Je pris donc du subutex
durant 2 ans, mais les 6 derniers mois, je me mis à shooter le produit avec les
conséquences néfastes que l'on sait.
Depuis avril 2009, je suis sous méthadone que je prends sous forme de sirop.
Actuellement, mon médecin et moi réfléchissons pour passer à un traitement
en gélules, plus facile au quotidien pour le patient. Mais je suis toujours accro à
quelque chose.
Mon vœu serait de me sevrer complètement, mais mon toubib pense que
c'est trop tôt. Il faut dire que mes problèmes psy sont toujours là, n'ayant pas
digéré le procès tronqué auquel mon agresseur a eu droit. Au
fond de moi, j'ai une aversion profonde envers notre système de police et de justice qui a
laissé en liberté un type qui n'a cessé de faire le mal autour de lui toute sa vie,
et qui s'en est toujours sorti grâce à des connivences avec des personnes haut placées
qui l'ont tiré d'affaire à plusieurs reprises et fermé les yeux sur son casier
judiciaire afin qu'il puisse continuer d'exercer dans la fonction publique, ce qui est en principe
rigoureusement interdit. ( Il est prof !)
Étant toujours sous l'emprise de drogues et de médicaments pour
arriver à survivre malgré cette injustice - qui ne touche pas que moi, d'autres victimes
ayant été identifiées - je sais au fond de moi que je ne pourrai aller
réellement mieux que lorsque j'aurai mené une action contre mon agresseur. J'y
travaille avec autant d'ardeur que pour décrocher de la drogue et des médicaments.
Tout ça pour dire quoi ? Que très souvent une personne boit ou se
drogue parce qu'elle a vécu un traumatisme qu'elle n'a pu évacuer et qui lui ronge
l'existence, la consommation d'un psychotrope quel qu'il soit étant souvent son seul moyen
de s'évader de ce maudit souvenir qui est devenu une prison au fil du temps, et qui parfois
peut rendre fou ou très malade. Certains ne trouvent d'issue que dans le suicide, la vie
s'étant transformée en une souffrance continue tant les pensées sont
focalisées sur LE problème, sans échappatoire.
42manu69
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