C'est l'histoire d'une fille banale
24-Janvier-2012
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Je ne sais pas si j’ai plus besoin de parler ou d’être écoutée. Que mon
expérience puisse servir, ne serait-ce qu’à une personne et je serais
comblée… Cela fait 18 mois que je vis dans la honte, la peur et surtout le regret. D’avoir
la possibilité de ‘parler’, même en prenant le risque d’être jugée,
est une petite libération dans mon quotidien fait de silence, jour après jour.
C’est l’histoire d’une fille banale.
Il y a deux ans, je remerciais le ciel de m’avoir donné le bonheur d’être
devenue mère. Cette maternité, j’en avais toujours rêvé,
d’autant qu’elle était le fruit d’une union heureuse et accomplie.
Pourtant, quelques mois après la naissance de ma fille, je suis rentrée dans une
dépression assez sévère. Je n’avais jamais été confrontée
à cette détresse aussi réelle qu’impalpable (et encore moins explicable puisque
je traversais un moment béni). Me voyant perdre pied (je ne dormais presque plus) j’ai
finalement pris rendez-vous avec un psycho thérapeute qui m’a préconisé un
traitement antidépresseur. Je n’avais jamais eu recours à des médicaments…
enfin, de ce type-là.
Même si les effets ne furent pas spectaculaires (évidemment on aimerait que tout soit
résolu d’un coup de baguette magique….), j’ai alors ressenti un léger mieux.
Au bout de 3 mois de traitement et avec l’aval du médecin j’ai arrêté de
prendre ce traitement.
Les semaines qui ont suivi l’arrêt du traitement ont été marquées par
une série de difficultés personnelles (la perte d’un membre de ma famille, interminables
négociations avec des huissiers pour tenter de sauver un de mes parents de la ruine…). A ce
moment précis de ma vie (et même si j’ai longtemps eu à gérer des
problèmes familiaux aussi complexes que nombreux), je n’avais plus les ressources
nécessaires pour faire face. C’est ce que je dis aujourd’hui, avec le recul, après
tout ce qui a suivi. A l’époque, je ne pensais pas être arrivée aussi
profond…et pourtant…j’étais devenue au fil du temps une vraie bombe à
retardement.
Un soir, comme je le faisais depuis plusieurs semaines, j’ai pris la voiture pour rendre visite
à ma famille endeuillée, je pensais naïvement que je pensais être utile dans
ces moments-là, comme investie d’une mission. Je n’étais moi-même plus
capable de gérer mes émotions…comment aurais-je pu être d’une aide
réelle à qui que ce soit ? Quelle conne…
Sur la route, j’ai bu, beaucoup…et ce fut l’accident. Pourquoi suis-je monté
à bord de ma voiture avec une bouteille d’alcool ? Comment ai-je pu m’enivrer à
ce point en risquant de perdre ce que j’avais de plus cher ?
Les mois qui ont suivi mon hospitalisation ont été difficiles, plus difficiles presque que
l’hospitalisation elle-même. Quelques mois avant, je vivais un amour fusionnel avec mon
bébé…à mon retour de l’hôpital, après 2 longs mois
passés loin d’elle, elle ne voulait plus de mes bras (elle me laisse la coucher depuis
très peu de temps). Alors qu’elle devait faire ses premiers pas… j’étais
là, à côté d’elle, en fauteuil… à ne pas pouvoir
l’accompagner. Quelle conne !
Bientôt, je serais punie par la justice pour ce que j’ai fait. Bien sûr, j’ai
honte, bien sûr j’ai peur mais plus que tout…je m’en veux terriblement.
J’ai besoin d’être jugée pour pouvoir revivre, me sentir réhabilitée.
J’attends ce moment comme une catharsis. Je me sens tellement ‘sale’ depuis cet accident.
Je me sens en sursis…en zone de non-droit (pas le droit d’être heureuse, pas le droit
de faire de projets). Je me sens responsable de ces douleurs, physiques et psychologiques, les miennes et
surtout celles de ceux qui n’ont rien demandé … et ne peux blâmer personne
d’autre. Je suis l’unique coupable.
Je sais pertinemment qu’on va me poser la question : madame, avez-vous un problème avec
l’alcool ? La vérité, c’est que je ne sais pas… J’ai bu à un
moment de ma vie pour anesthésier la douleur, le stress, l’angoisse, me donner un peu de
répit. J’étais peut être devenue alcoolique et, si je ne l’étais pas
encore, j’avais toutes les chances de la devenir… Je n’étais pas une consommatrice
quotidienne et n’ai jamais ressenti de manque depuis que j’ai mis dehors ce poison de ma
vie… Pourtant, j’ai bien cherché son réconfort, j’ai cherché à
ne plus penser... à fuir tout ce qui me torturait jour et nuit. Aujourd’hui, mes relations avec
l’alcool sont conflictuelles. Je déteste le voir sur une table. J’ai donné à
mon histoire le visage de cette bouteille à €8 que j’avais achetée avant de partir ce
soir-là… €8 qui ont ruiné ma vie… la mienne et plus grave encore, celles de
ceux que j’aime.
On pourrait se dire : elle a vécu dans sa chair l’absurdité de sa faute. C’est bien
pire que ça. Je vis un huis clos en enfer avec ma culpabilité…Je n’ai jamais pu
dire’ j’ai mal’ et pourtant j’ai eu mal…, j’ai pleuré des nuits
entières à l’hôpital, loin de ma fille en me disant que j’étais par
ma seule et unique faute que je me trouvais allongée, assistée pour tout comme un
bébé… Je n’ai pas non plus pu parler cet accident qui me hante car je n’ai
pas eu un accident, je
l’ai causé dans des circonstances indicibles… ça fait une grande différence.
Et pourtant maintenant lorsque je suis en voiture je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a
dans la nature des gens qui peuvent être aussi paumés que je l’ai été…
et que je ne suis pas à l’abri de rencontrer une autre personne banale…
Malgré tout, j’ai une chance inouïe : celle de n’avoir tué personne, ni
n’avoir blessé la personne que j’ai percuté (je ne pense pas que j’aurais
pu m’en remettre ; je serais probablement devenue folle) et de m’en être sortie vivante
moi-même. Il y a tant d’autres personnes qui sont mortes au cours d’accidents bien moins
graves que celui-là.
Un peu tard j’ai appris qu’il ne sert à rien de se cacher derrière une
série de difficultés, ressenties ou réelles. Être responsable c’est
assumer ses souffrances, c’est aussi être assez fort pour montrer ses faiblesses et en parler.
Cette souffrance, il faut appendre à la maîtriser afin qu’elle ne devienne pas le
fardeau de quelqu’un d’autre qui n’y est pour rien…
Ce jour-là, j’ai frôlé la mort. Pire encore, j’ai bien failli la
donner malgré moi à quelqu’un qui n’avait rien demandé…
Cette pensée me hantera à jamais je pense. Je porte les stigmates de cet accident
physiques et psychologiques… Je ne pourrai jamais oublier à quel point j’ai pu
être idiote. Ce sera ma peine pour toujours.
Il aurait suffi de €8 pour mourir, donner la mort, faire une orpheline, laisser une famille
entière dans le deuil… et laisser mon mari comme un ‘con’ (ce sont ses
propres paroles)
Bon courage si vous traversez des moments difficiles. Je pense que si vous êtes sur cette page,
c’est que vous avez envie de vous en sortir.
Plus jamais
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